Quand je suis partie dans le désert du Nevada, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Je me rendais au Burning Man pour la première fois de ma vie et j’avais le pressentiment que ce serait soit la meilleure soit la pire expérience de ma vie.

Heureusement, c’était l’une des meilleures épreuves de ma vie, même si c’était pour des raisons auxquelles je ne m’attendais pas.

Burning Man, pour le chaland, s’apparente à un festival d’art annuel d’une semaine qui s’installe dans une ville construite spécialement pour l’évènement dans le Nevada (la ville fictive s’appelle Black Rock City). Burning man se meut autour de 10 principes philosophiques parmi lesquels on retrouve « leaving no trace » (ne pas laisser d’empreintes ou de traces de passage). Ceci signifie qu’une fois que Burning Man est achevé, tout (et je dis bien tout) doit disparaître : les restes physiques des 60 000 personnes présentes doivent se dissiper. Il y a d’autres principes majeurs, comme le facteur économique : on ne peut acheter que de la glace et du café et les échanges monétaires sont interdits. Parmi les 10 principes, celui que je vais vous citer en dernier est important : on se parle d’expression de soi radicale.

Comme Black Rock City n’existe que pour une durée limitée tous les ans, certaines infrastructures de base auxquelles les américains (et les touristes qui viennent visiter) ne sont pas toujours présentes (plomberie, couverture mobile pour les téléphones, routes pavées et électricité).

Cela pourrait ressembler à un cauchemar pour vous. Mais ça ne l’est pas, tout du moins pour moi. Burning Man représente beaucoup de phénomènes pour tout types de personnes. Pour certains, c’est un voyage spirituel, pour d’autres une escapade vers la débauche et pour les derniers encore des millions de batifolage en tout genre. Pour moi, cela représentait une exploration : je voulais voir où le vent me porterait, pour ainsi dire, et il m’a porté vers des endroits auxquels je ne m’attendais pas.

Voici les leçons de vie tirées du Burning Man que j’ai vécu à Black Rock City.

Lâcher prise

Quand vous acceptez de pénétreer Black Rock City, vous devez avoir la velléité de renoncer au contrôle de certaines choses ainsi qu’à toute votre dépendance aux additions. Plus de 60 000 personnes se dirigent toutes au même endroit sur une route déserte à deux voies (à part une minorité qui s’y rend en avion). Comme vous pouvez vous en douter, cela est très chronophage. L’impatience ne vous mènera nulle part donc vous apprenez rapidement à vous enrichir de ce voyage.

Quelques heures après notre arrivée, Black Rock City a subi une terrifiante tempête électrique. Epuisée et trempée, j’ai vu quelqu’un se faire frapper par la foudre juste en face de mes yeux. Il va bien, mais il a une cicatrice sur sa jambe comme marque de guerre. La pluie, le tonnerre et les éclairs ne faisaient pas partie de la liste des évènements auxquels je m’étais préparée. C’est le désert, après tout !

C’est quelque chose de personnel, mais je n’aime pas être sous la pluie. Cependant, la tempête a eu lieu et on s’est adaptés. On a été trempés et on s’en est accommodés parce qu’il n’y avait pas le choix. Résister aux trombes de pluie qui vous tombent sur la tête n’aura aucune influence sur la météo, ça vous rend simplement plus malheureux quand ça arrive. Quand la météo s’est améliorée et a tendu vers des tendances plus « désertiques » (chaud, sec, encore plus chaud et encore plus sec), je me suis adaptée aussi.

Essayer de contrôler ce que vous ne pouvez pas contrôler (vos actions et réactions) est assez futile, mais on oublie souvent cela. Je pourrais facilement tomber dans le piège d’essayer de faire en sorte que tout dans ma vie soit conforme à ce que je voudrais. Il n’y a rien de mieux que de vivre das une ville éphémère remplie de dizaines de milliers de personnes sans eau courante pour me souvenir que contrôler mes réactions est l’une des choses les plus satisfaisantes que je puisse faire.

 

Tout le monde a soif de contact humain

L’un des autres préceptes phylosophiques du Burning Man est la « radical inclusion » (inclusion radicale ou intégration). Cela signifie que toutes les personnes, qui qu’elles soient, à quoi elles ressemblent, d’où elles viennent ou quelles sont leurs croyances. Pour moi, le moment le plus magique de l’épreuve Burning Man c’est les dizaines de liens que j’ai établi tous les jours avec des personnes que j’ai rencontrées totalement au hasard.

L’insistance de toutes les personnes que j’ai croisées pour discuter, partager un sourire, un compliment, une étreinte ou un cadeau (j’ai reçu des cadeaux aussi divers qu’un flacon de sable de Black Rock City qu’un collier en LED ou fait de bâtons) montre bien que les gens veulent créer des liens.

Souvent, on essaie de rester anonymes et on évite de se mélanger aux autres. On peut se détourner, être occupés ou trop se centrer sur nous-mêmes pour se préoccuper de l’humanité et de nos semblables.

Burning Man m’a donné l’occasion parfaite de me remémorer que même si je tombe souvent dans le piège de la claustration, j’ai à l’intérieur de moi la possibilité de mettre tout en pause, de regarder un étranger droit dans les yeux et de ressentir un moment de reconnaissance, de la présence et de l’existence de l’autre.

 

La solitude est un état d’esprit

Malgré le fait que je sois allée au Bruning Man avec mes amis proches, j’ai passé au moins une partie de chaque journée seule, à vélo (les voitures sont interdites) ou à errer sans but précis. Il y a quelques journées où j’ai passé des heures à faire ça.

Je me suis rendue à des fêtes seule et ai fait de longs trajets à vélo dans le désert seule. Et je ne me suis jamais sentie seule. Il y a toujours eu quelqu’un sur le chemin pour discuter et il a été facile de profiter de ces moments de solitude comme de simples pauses entre différentes rencontres.

En fait, j’ai commencé à voir l’isolement comme une manière de créer des liens avec de nouvelles personnes. Quand j’étais avec mes amies, c’était facile de tomber dans une harmonie conversationnelle à base de blagues en commun. Aussi fantastique que ces moments ont pu l’être nous avons eu moins d’occasions d’inviter d’autres personnes à participer à nos discussions (notre groupe étant déjà défini).

Dans la « vraie » vie, hors de Black Rock City, le même état d’esprit peut être appliqué, si on choisit d’appréhender la vie de cette manière. Etre seule ne veut pas dire être solitaire. On peut même se dire qu’être seule est une aventure qui peut nous emmener vers des possibilités infinies.

 

Ne jugez pas votre voyage au Burning Man

Tout le monde ne vit pas Burning Man de la même façon. Cela aurait été facile d’observer d’autres personnes et de comparer mon expérience du Burning Man à la leur. Pour certains, l’aventure à Black Rock City est un expérience de vie unique. D’autres ne cessent de s’amuser et de passer du bon temps. D’autres encore l’utilisent comme une opportunité pour croître personnellement, réfléchir et élargir leurs horizons.

Je suis allée au Burning Man pour m’ouvrir à tout ce qui pouvait m’arriver et c’est ce qu’il s’est produit. Si j’avais eu un autre objectif en tête, j’aurais sûrement vécu une expérience totalement différente. Et c’est cool aussi. Comme quelqu’un l’a déjà si bien dit « la comparaison est l’ennemi de la joie ». C’est vrai pour la vie en général mais aussi pour Burning Man

 

Libérez-vous de vos attaches

L’existence de Black Rock City est éphémère. Le « man » du Burning Man est une très haute structure visible à des kilomètres à la ronde. Tous les ans, un nouveau « man » est construit car à la fin de chaque Burning Man, le « man » en question est totalement carbonisé.

Il y a d’autres structures gigantesques et fantastiques qui sont également brûlées : une énorme temple orné et d’autres pièces d’art à grande échelle, par exemple. Quand j’ai vu pour la première fois ces belles pièces qui allaient être brûlées, j’ai ressenti une pointe de tristesse. Bien que je savais que c’était le cas tout les ans, je me suis dit que cette fois-ci ils pourraient s’abstenir de brûler celle ci

Bien évidemment, ces structures ont été conçues et montées pour être observées pendant quelques temps puis brûlées. Une grande partie de la beauté et de l’admiration pour l’expérience Burning Man est faite pour ça : on profite de l’instant présent et on se sépare de l’attachement que l’on a pour ces oeuvres.

Tout ne dure pas éternellement (même pas nos vies) mais cela ne fait que rendre le fait d’être vivant d’autant plus doux et précieux. Pour moi c’était naturel de voir quelque chose de précieux et complexesui a été construit avec beaucoup d’amour et de soin et je voulais m’y accrocher. Je l’ai fait toute ma vie, avec des connaissances, des relations amoureuses et des objets auxquels je suis attachée.

Je n’ai pas l’intention de brûler mes bibelots ou a défaire mon logement complètement. Cependant, je voudrais me défaire de mes attachements quand le moment sera venu de passer à autre chose;

Comment le festival Burning Man a changé ma vie
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